J’attendais un peu pour vous souhaiter bonheur, santé, fous-rires, lectures, petits bonheurs quotidiens pour cette nouvelle année 2015…

Et puis, ces trois jours d’horreur. Incrédulité, tristesse, sidération… Le bilan, tout le monde le connaît, 17 morts, certains dans l’exercice de leur métier, d’autres qui se sont trouvés là au mauvais moment, au mauvais endroit… Alors, bien sûr, chacun a écrit, et certainement mieux que je ne saurais le faire, mais j’éprouve moi aussi cette envie, ou plutôt, ce besoin de poser des mots sur ce que j’ai ressenti et ce que je ressens aujourd’hui. Pour ça, je vais vous parler un peu de moi.

J’ai 50 ans et ai été élevée dans une famille finalement assez atypique (eh oui, mes parents étaient communistes, du temps où c’était presque une religion, en tout cas, un vrai idéal de société… Non encartés, car méfiants tout de même et surtout, indépendants et tenant à leur libre-arbitre, toujours !). Ils lisaient l’Huma, le Canard, et parfois, Hara-Kiri et Charlie-Hebdo (c’est surtout mon père qui aimait les caricatures). En grandissant et prenant mon indépendance, j’ai pris quelque distance avec ces journaux, n’étant pas toujours d’accord avec leurs propos, mais j’y revenais de temps en temps, parce que dans ce climat morose de pensée unique (ah, tous ces bien-pensants donneurs de leçons !) leur insolence faisait du bien. Rabelais n’a-t-il pas écrit que « le rire est le propre de l’homme » ?

Entre le 7 et le 10 janvier, j’ai eu bien du mal à penser à autre chose qu’à ces événements. Qu’est-ce que cela préjugeait du futur ? Où était passée notre liberté ? Etait-il concevable d’être tué pour ses idées, en 2015, en France (et partout dans le monde) ? Qu’est-ce que cela voulait dire de notre société, de notre monde ? Autant de questions tournant en boucle dans ma tête, m’empêchant même de travailler.

Et puis, le 11 janvier, j’ai vu…

Des politiques essayant de faire front, ensemble,

Des gens de toutes religions se donner l’accolade,

Des petites gens (la majorité silencieuse ?) dont je fais partie marcher ensemble, côte à côte, unis dans une même émotion, pour dire oui à la liberté dans un même élan de fraternité !

Et je me suis sentie appartenir à cette communauté d’humains, ceux qui croient aux autres et qui ont pensé que marcher (cette toute petite chose facile, qui  n’a rien d’héroïque), marcher ensemble, était un des moyens de montrer à tous ceux qui bafouent la différence, la démocratie, la liberté, la fraternité, qu’ils refusaient d’avoir peur et qu’ils croyaient encore en ces valeurs ! Alors, peu me chaut que certains esprits chagrins, terrés chez eux, me traitent, moi et les autres, de « moutons », voire même de « cons » (pauvre vocabulaire !), parce que moi, hier, j’ai eu la chance pendant deux petites heures, entourée de mon époux, de mes enfants, de mes amis, et de tous ces anonymes, de faire partie de l’espèce humaine et d’en être – un peu – digne.

N’ayez crainte (je vous vois venir…), je ne vis pas dans le monde des bisounours, je sais que l’avenir n’est pas rose, que dans le futur, de vrais changements (le changement, c’est… demain ?) doivent avoir lieu, de vraies mesures doivent être prises, mais pour un temps, s’il vous plaît, laissez-moi… « Avoir un rêve »  😉

Pour terminer, et parce que 2015 ne fait que commencer, je vous souhaite très sincèrement le meilleur pour cette nouvelle année… Il ne tient qu’à nous d’écrire une nouvelle page plus solidaire, plus tolérante, plus heureuse !

NB : Le titre de cet article est tiré du magnifique poème d’Eluard, Liberté, in Au rendez-vous allemand.