Orthographe, mon amour…

Je suis de mauvaise humeur aujourd’hui… Enfin, non… pas vraiment de mauvaise humeur, mais un tantinet excédée tout de même… Plutôt que ressasser bêtement toute seule, j’ai eu envie de partager avec vous une pensée qui m’est venue il y a quelques jours…  et d’avoir votre sentiment sur le sujet.

Vous n’avez pas pu passer à côté du tollé général qu’a provoqué la « nouvelle » réforme de l’orthographe… Ou plutôt celle, pour être précise, qui s’est révélée avoir déjà 26 ans d’existence. Inconnue de quasiment tous, sauf de nos profs et instits…

Vous le savez, c’est un amour passionné qui me lie à notre belle langue française, et dès la lecture matinale du premier article paru sur le sujet, mon sang n’a fait qu’un tour. N’écoutant que mon effarement, me voici créatrice pour la première fois d’une pétition pour dire « Non à la simplification de l’orthographe française ». En à peine une heure, plus de 100 signatures assorties de divers commentaires me prouvaient que je n’étais pas seule à l’aimer et que tout une communauté était capable de se mobiliser pour la défendre !

Le lendemain, il est apparu qu’effectivement, cette réforme datait de 1990 et visait notamment à corriger certaines anomalies comme il en existe beaucoup dans notre belle langue – par exemple, « chariot » devient « charriot » comme « charrette », « boursoufler » devient « boursouffler » comme « souffler », le trait d’union est supprimé dans un certain nombre de mots, le pluriel des noms composés suit la règle des mots simples dont il est composé, etc. L’Académie a même précisé que les deux orthographes seraient acceptées indifféremment. Cependant, à ma décharge et celle de tous les passionnés, cette réforme est restée peu connue et son application soumise au bon vouloir des professeurs et des dictionnaires.

Alors soit, je veux bien admettre que moi comme d’autres nous soyons emballés un peu vite, mais pour autant, méritons-nous d’être montrés du doigt comme « ceux qui n’ont vraiment rien d’autre à penser qu’à l’orthographe » comme j’ai pu le lire sur la toile ici ou là ?

La vie en noir et blanc…

Cela veut-il dire que si l’on se passionne pour l’orthographe, rien d’autre ne nous intéresse ? Que si nous nous mobilisons pour un sujet dit « léger », nous en sommes incapables pour d’autres plus sérieux ?

Le monde est-il si manichéen ? Je ne le crois pas, évidemment !

Il me semble que c’est la diversité de nos intérêts qui fait la richesse de notre personnalité, que nous pouvons un jour rire d’une bêtise (notez l’accent circonflexe 😉 ) et nous mobiliser le lendemain pour un sujet grave – ou même passer de l’un à l’autre en un instant ! C’est là à mon sens toute la complexité et la beauté du genre humain, ce grand écart entre dérision et solennité. Encore faut-il pour cela avoir un brin d’humour et savoir ne pas se prendre au sérieux… Adieu donc, ennuyeux bien-pensants donneurs de leçons !

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« Il n’y a rien de pire que ceux qui veulent faire le bien, en particulier le bien pour les autres. Il en est de même de ceux qui ‘’pensent bien’’. Ils ont l’irrésistible tendance à penser pour et à la place des autres. Caparaçonnés de leurs certitudes, le doute ne les effleure pas. Du coup, la vie, en sa complexité, leur échappe. » Michel Maffesoli, sociologue, in La part du Diable. 

 

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